CELINE VID



"Nous verrons peut-être un jour une révolte de l'esprit contre... le poids. Mais c'est pas pour demain! "



On pourrait parler de l'oeuvre de temps? en temps. Tout les deba sur Celine parle de sont antisémitisme c'est casse couille a la fin... Rien sur le style, la détresse, le pacifisme. C'est une ouvre énorme il y a tant a découvrir et a discuter poutant sa se transforme en débat de concierge sur l'antisémitisme! je commence a faire un allergie a se mot

Ce qu on dit pas en France c est que Voltaire etait deux fois plus raciste et anti semite










Rencontre avec Philippe Sollers qui publie "Céline" (Écriture, 16 octobre 2009), l'ensemble des textes qu'il a consacré à Louis-Ferdinand Céline depuis les Cahiers de l'Herne de 1963






Lecture par Marcel Bozzuffi d'un extrait des Beaux Draps, pamphlet de Louis-Ferdinand Céline, au cours de l'émission "Céline, romancier expérimental" réalisée par Paul Chambrillon en 1963.
Source : http://lepetitcelinien.blogspot.com
Le passage est lisible sur scribd, de la page 99 à 101 :
http://www.scribd.com/doc/6062531/Les...

C'est un document très rare car la réédition des pamphlets n'est pas autorisée (vive la liberté de penser!).
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TESTO


Ah ! C’est un hiver rigoureux... ça on peut le dire.. la Seine va charrier des glaçons.. On s’y attend.. J’ai vu ça du Pont de Bruyères... si ça siffle !... la nature n’est pas clémente pour les personnes dans le besoin... Une bise !... Une rigueur !... la petite montagne d’Argenteuil en est toute gelée... avec son moulin... Elle arbore grand manteau de neige... la traîne éparpille.. enveloppe les maisons, poudre les toits... trempe à la rive.. émiette à l’eau... à grands remous passant à voltes autour des arches...

Ah ! c’est un hiver rigoureux ! la plaine en nappe jusqu’aux remblais loin, loin là-bas étale tout son blanc... joue à la russe au vent des steppes... à sifflants tourbillons dansants et flocons et poudres..
L’usine toute au froid dressée brandit au ciel ses quatre tours, effilées, plus hautes que les nuages, en plein flamboyement... demain il fera encore plus froid.. c’est dans l’air, dans le rouge là-bas, la grande déchirure des mirages... aux crêtes du Mont Valérien...

Oh ! comme tout ceci accable le tordu cyclo, acharné à vent debout, époumoné à sa fourche, morveux, les jantes en ficelle, quatre poireaux dans son tender, arrachés, valsant digue dong... de rigoles en fondrières, de pavés en flaques.
Il peut plus, il met pied à terre, il va renifler au parapet, il se mouche.
Il réfléchit contre le vent. Ça lui prend la tête, il ose plus bouger de froid.
Ah ! il faut passer quand même !
Moi, j’ai mes fonctions de l’autre côté, j’ai des choses à faire, on peut pas dire le contraire... Je suis attendu, et pas par une, vingt personnes !... peut-être une trentaine...

Ah ! Je me fais couper la gueule aussi par ces tranchants d’atmosphère, qu’arrivent à toute vitesse glaciale... Je dépasse le cycliste.
Voici Divetot mon confrère qu’arrive juste dans le sens inverse... Il a fini lui son office... J’aime toujours bien le rencontrer... d’abord c’est un excellent homme et puis distingué, on peut le dire.. et puis un savant dans un sens... Il a fini lui ses visites… il a distribué tous ses bons... c’est à mon tour à présent, de reprendre l’infirmière, le tampon... de faire de la peine à personne... d’obliger tout le monde dans le malheur.

Ah ! C’est pas commode, ni propice... vu la rareté des transports... les pénuries d’arrivages, le hic des médicaments... le lolo qui vient plus du tout... because les chemins de fer qui déconnent, qui trouvent plus à se réchauffer... et le susuque qu’est du Nord qui veut plus descendre... et les beubeurres qui sont à l’Ouest qui veulent plus entendre rien, qu’on a pas vus depuis des semaines... la médecine devient difficile quand les malades mangent presque plus...

Ah ! il me remarque aussi Divetot que ça devient vraiment ardu... et c’est un homme bien pondéré !... que les parents se rendent pas compte du fond des choses, que du lait en boîtes y en a plus... surtout le sucré qui venait de Suisse... de la Suisse ils s’en foutent les parents, ils y croient pas à la Suisse, c’est leur gnière qui les intéresse, ils vous l’agitent juste dessous le nez pour qu’on se rende compte comme il est froid, comme il est blême, et qu’il tousse, et sans chaleur... vu qu’y a pas eu un dé de carbi dans toute la cagne depuis six semaines... et que ça peut pas durer toujours...
Que c’est pas le sirop qu’arrange tout, même le Dessessartz qu’est parfait, de quel secours ! maniable, calmant, l’irremplaçable remède... mais pour guérir au Pôle Nord !...
Et les vieillards qui refroidissent fatalement plus vite que tout le monde... vu qu’ils sont déjà presque gelés... qu’étaient si contents de leur tisane... comment qu’on va leur réchauffer ?... leurs rhumagos ?... leur bourdaine ?...
C’est des problèmes qui dépassent l’homme... Divetot en était bien d’avis... bonne volonté ne suffit pas !... ni la science, ni les connaissances... y a des fatalités qu’arrivent... qui sont rigoureuses et terribles...
Je suis toujours content de voir Divetot... On se rencontre pas assez souvent... c’est vraiment un coeur sur la main, et puis d’excellent conseil, et affectueux, et puis sensible aux Belles Lettres, et puis de riche expérience.
Il me ramenait toujours en auto au temps où ça roulait encore...hélas tout ça est bien fini... On va-t-à pied et pas plus fiers... on peut le dire... C’est rigoureux.. on bavardait de choses et d’autres comme ça sur le pont, dans la bise...
On est ainsi, nous les médecins... On est toujours assez bignolles... on fout son nez un peu partout...ça me plaît bien les tours d’horizon... les aperçus politiques... lui-même il déteste pas... ça grise le froid et puis de causer, surtout là-haut dans les zefs aigres...
Frappé l’aquilon ! Il m’est sympathique Divetot... et je crois que c’est réciproque...
Je lui attire son attention... une idée qui me passe... Je luis fais :
« Vous entendez pas ?... Taa !!!... too !... too !... too !... too !... too !... Taa !... Taa !... comme le vent d’hiver rapporte ? »...
Je lui chante pour qu’il entende mieux... la ! fa ! sol ! la si do ! la ! Do ! qu’il entende bien tout l’appel, do dièse ! sol dièse !... bien entendu !... fa dièse mineur ! C’est le ton ! Le Charme des Cygnes... l’appel, ami ! l’appel !...
Magnifique ceci Ferdinand ! magnifique ! Somptueuse musique !... Il me contredirait jamais... Mais tragique !... Tragique je le trouve ! n’est-ce pas...
Ah ! n’est-ce pas ?...
Sensible Divetot, oh sensible !... et bienveillant !... vraiment un homme de qualité !...
Oui que j’ajoute... c’est tout en l’air !...
Oh ! Ferdinand vous êtes bien sûr ?...
Il doute un peu de ceci...
Le Destin Monsieur ! le Destin !...

Il me fâchait son doute. Je m’impatiente finalement...

Vous voyez là-bas ?... la plaine... après la Folie...Charlebourg ?... les flocons s’engouffrent !... plus loin encore ?... tout au glacis ?... virevoltent !... tout en écharpes.. et puis.. s’enroulent..
Qui bondit là ?... de linceul en linceul... ah ?... se rassemble ?... la ! fa ! sol !... la... si... do !.. too !... too !... je n’y puis plus rien !... Too !... Too !... tant pis ! mon ami !... Tant pis ! que le charme joue !... too ! too !... Chimères ! voilà ! Chimères !...
Nous partîmes à rire tous les deux tellement la neige tourbillonnait... à vertige... à furieux volutes... à nous aveugler... Nous fûmes éloignés l’un de l’autre.. de vive force.. Je poursuivais mon chemin à contre bourrasque… Il me criait encore de loin à travers la neige.. « Les bons sont sous le tensiomètre !... » Nous avions là notre cachette « dans le tiroir de gauche ! »
C’est exact y avait du monde... une foule à la consultation... une clientèle vraiment fidèle... une, deux, trois, quatre ordonnances.. et puis un Bon... c’est le rythme...un... deux... trois Bons.. une ordonnance !... C’est la cadence depuis l’hiver... de moins en moins d’ordonnances... de plus en plus de bons... chaque fois un quart... un demi-litre... je me fais prier énormément...
J’ai la panique du téléphone.. que ça sonne, qu’il y en a plus... que j’ai donné tout le lait de la ville...à mesure que la gêne augmente de moins en moins d’ordonnances... de plus en plus de bons.. 25 morceaux de sucre... un petit seau de carbi.. que la misère s’arrête plus...qu’elle augmente...qu’elle recouvrira bientôt tout... et la médecine à la fin... qu’elle en laissera plus du tout...
Un, deux, trois petits mômes à la file, tout secoués de coqueluche... qui sont en cocons dans leur laines... et puis une octogénaire avec sa nièce qu’est en chômage...elles vivent ensemble en pavillon... la vieille elle arrête pas de trembler... ça la tient depuis l’autre dimanche...qu’elle a essayé de sortir... d’aller à la pompe...c’est pas naturel comme elle tremble, c’est une grelottine incroyable pour une carcasse aussi frêle... elle fait trembler toute sa chaise... ma table auprès.. les murs... la porte...
Je cherche un peu d’où ça peut venir... elle en chante, elle en crierait presque, tellement ça la secoue son catarrhe, son âpre emphysème...
Ça fait trois jours et trois nuits qu’elle tremble ainsi de cette façon… qu’elle secoue tout dans leur bicoque... elle peut plus dormir du tout... elle tient sa nièce réveillée... Elles demeurent en pavillon de bois..
« Bai addrabé befroid dehors ! »
Elle a plus de dents forcément...
« bai bebans bfais bfroid aubsi !... » .
C’est la tremblote qu’arrête plus...
C’est comme ça à quatre-vingts ans... Une fois qu’on en est saisi...
Ça vous prend, ça vous lâche plus..
« Ça suinte chez nous en glace des murs... faudrait mieux qu’elle meure que de souffrir comme ça... » elle m’explique la nièce les choses... elle est butée, toute réfléchie, elle demande la paix ou du charbon... que ça finisse mes bons conseils si je peux pas la réchauffer...elle en veut pas de mes cachets, de mes frictions non plus... à l’alcool... pourtant proposées bien aimable...
Elle en veut plus de la gentillesse, elle veut du charbon et du pain...
« Tontine elle est pas malade, elle a faim, elle a froid c’est tout... elle arrêtera pas de trembler tant qu’elle aura pas de charbon... »
C’est du charbon noir qu’elle veut... du charbon qui brûle dans les poêles... et puis un peu de lait et de sucre... Je veux pas l’avoir sur la conscience... je me fends encore de vingt-cinq kilos... C’est pas du tout dans le règlement
... Je fais des entorses à qui mieux mieux...
Je suis hanté par le téléphone...
Encore des mères et puis des filles et puis des pères et des cousins... des désolés, des sûrs d’eux-mêmes... des qui boitent... qui toussent... qui la sautent... qui supportent ça plus mal que bien...
Ah ! je prends tout, j’ai le sourire, de l’avenance... des habiletés... j’ai le pardessus aussi... on expire de froid dans le local...le à zéro passe comme il veut...il fait le tour de nos cloisons...Tout sournois à vent coulis...
Allons ! C’est fini tant bien que mal... la nuit tombe, estompe à présent les gens et les choses... ils sont partis souffrir ailleurs.. chez eux...
J’ai pas pu en dériver plus d’un... deux...sur l’hôpital...
Enfin grêle le téléphone... je tressaute ! je bondis !... C’est la catastrophe !... C’est rien !... les noms seulement des défunts... ceux de ma tournée de chaque soir...s’ils ont vraiment le droit de laisser ça... de nous quitter pour de bon... de nous fausser compagnie... « mort » c’est vite dit !...
Je vais voir ça... si ils sont sages... bien sages, impeccables... je délivrerai leur billet... le billet pour s’enterrer... Je délivre celui-là aussi...
Rien ne m’échappe. Je suis Dieu assermenté.. Ça peut demeurer loin un mort !... Tous aux confins de la commune... tout en bas presque à la plaine... on a beau connaître... c’est vache souvent à se retrouver... surtout à présent sans lumière... rue des Bouleaux-Verts... ça va !... une petite montée... la passerelle...rue des Michaux... tourne à gauche...puis un sentier...
Là ça devient que des zigs zags.... on se fourvoyerait facilement...
« Venelle des Trois-Sceurs »
...c’est plus loin encore....
« Impasse du Trou-de-Sable »...Plus loin, tout là-bas, au fond, c’est Villemomble... Le vent a repris, il est dur... il brasse la plaine, il ronfle, il bouscule...je quitte plus mon sentier...attention !...
C’est pas encore là...plus bas... ça dérape...c’est tout verglas... champs inondés...on se fracturerait la colonne que personne vous entendrait...
C’est vraiment un bout du monde...ah ! maintenant je me rapproche...
« Ruelle des Bergères »..Oh ! ce froid...ça vous arrive en pleine trompette...ça souffle du tonnerre de Dieu !...
La neige vous ferme les carreaux...la guerre c’est vraiment infect, c’est une époque de damnation...la preuve que la nature se dérange, qu’elle fait crever l’homme en frimas...